Témoignages
Du côté des architectes
Philippe Guyard, l'un des architectes de La Turbine fait un premier
bilan de la réalisation du projet.
- La Turbine a plus de 6 mois d'existence, quelles sont vos impressions ?
- Le projet de La Turbine était celui d'une commande avec un
budget limité et à vocation fonctionnelle. Rétroactivement,
je trouve que cette réalisation répond aux attentes. Bâtiment
stable, ancré, qui se marie bien à son environnement, il répond
aux besoins fonctionnels et économiques d'un tel équipement.
Ce « hangar » de la culture à Cran-Gevrier reste dans
l'esprit fondateur du projet. Produit brut, typé industriel
et vivant. Cette pauvreté et cette mise à nu du matériau
qui refuse le luxe tiennent compte du volet historique et industriel de
la ville.
- Selon vous, quelle est la réussite majeure de ce bâtiment ?
- L'idée des fentes en rupture avec les grands plateaux de chaque
niveau est à mon sens une idée aboutie. Celles-ci permettent
une nouvelle distribution des espaces à l'intérieur
et offrent une circulation dynamique. Ce plus donne une respiration qui
n'aurait pas existé dans une structure par plateaux simples
(ce qui avait été prévu au départ). D'autre
part, ce projet est rare dans son processus car il nous projette dans un
avenir où le bâtiment devrait se bonifier, s'habiller,
se rehausser et non se dégrader comme il arrive souvent avec des équipements
très léchés. Nous sortons de la prouesse technique
et esthétisante et échappons ainsi à une érosion
précoce. Il se fait l'allier du temps par sa simplicité et
devrait le traverser avec sérénité.
- Un mot sur l'ameublement...
- Christian Patey et toute son équipe
ont trouvé l'équilibre dans le choix d'un mobilier
sobre, mais aux lignes soignées, tout en respectant les contraintes
budgétaires. Ce mobilier se marie avec l'extérieur.
Par ailleurs, son temps de vie nous permet de nous projeter dans
le futur.
- Il arrive qu'on qualifie La Turbine de lieu austère, qu'en
pensez-vous ?
- Le bâtiment est encore jeune. Il est effectivement brut, nu et sans
teinte encore vraiment affirmée. C'était le parti pris
: un bloc creux, vide, transparent qui ne demande qu'à être
investi et « décoré ». Je souhaite de tout cœur
que les usagers et les acteurs de la Turbinepuissent en faire un
lieu coloré de
par ses activités mais aussi qu'ils l'utilisent comme
un véritable outil de culture. C'est comme si on vous fabriquait
une maison... Nous vous livrons les murs, les portes, les fenêtres.
À vous d'apporter les meubles, la décoration et la touche finale
qui font qu'elle vous appartiendra.
- Des regrets ?
- Un léger regret sur la toiture qu'on aurait pu imaginer plus
forte et surtout plus exploitable. Toujours par respect de la commande initiale,
nous avons limité les finitions de cette partie qui aurait mérité d'être
plus poussées. Dans l'esprit d'une végétation
débordante du toit, j'aurais aussi vu des zones végétales
autour du bâtiment. Une partie de la place pourrait être davantage
arborée...
- Un mot à ajouter ?
- Je voudrais insister sur le sens initial de cette réalisation collective
: nous vous livrons une boîte, une ossature vide ou presque qui ne
demande qu'à être investi par les usagers.
J'ai envie de dire : « Allez-y ! ». Mettez de l'habillage,
des objets à vous, que ce soit un lieu qu'on s'approprie,
qu'on lui donne son identité.
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